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I – L’absence de l’Etat.

Un chroniqueur de la télévision brésilienne disait, il y a peu : « plus un dirigeant est médiocre, plus il méprise l’intelligence et la culture et se transforme en une île entourée de médiocres ». Gageons que notre pays ne relève de ce cas de figure.

Notre pays a plutôt semblé en manque d’Etat ; non que les institutions n’aient pas été réelles, mais que, ces dernières années, elles eussent manqué de prise sur les faits et de présence dans les actes.

On a déjà observé, à certains égards, l’abdication, par certaines institutions de contrepouvoirs, de leurs prérogatives. C’est le cas, pour s’en tenir à ce seul exemple, de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), qui a renoncé, non seulement à attribuer les ondes sans l’avis conforme du gouvernement, mais encore à présenter à nomination à la tête des organes publics de médias, des candidatures qu’elle a pourtant sélectionnées au moyen d’un test objectif.

L’absence de l’Etat, c’est l’encouragement à la violation des règles de la hiérarchie administrative, avec la complicité des plus hautes autorités. Lorsque des agents d’exécution tiennent leurs instructions directement des autorités supérieures à leurs chefs, qu’ils assurent, sur instruction des autorités suprêmes, le contrôle de leurs chefs ; lorsque, dans un Etat tel que le Bénin, des directeurs de cabinet ou des plantons sont plus puissants que les titulaires des départements ; que de simples agents arrivent à dénoncer publiquement leur chef en présence du Chef de l’Etat avec l’écoute de ce dernier, c’est, avec l’administration, l’Etat qui disparaît.

L’absence d’Etat, c’est l’ignorance avouée de toute une administration _notamment, celle des finances et des comptes de l’Etat, celle en charge de l’intérieur et de la sécurité, celle de la défense_ de l’existence de structures aussi bien obscures qu’illégales, qui escroquent les citoyens et assistent, voire, financent des émanations de l’Etat (mairies, police et gendarmerie, etc.) ou marches et manifestations diverses de soutien politique à l’Exécutif.

L’absence de l’Etat, c’est aussi l’encerclement des sphères de décisions par les religieux ou les chefferies, la mafia financière, la famille. Lorsque l’argent, la foi et le sang se coalisent, l’escroquerie n’est pas loin, et ICC-Services et consorts peut prospérer. Lorsque l’administration devient un lieu de culte, que la laïcité de l’Etat est mise en péril, l’Etat n’est plus présent : il prie, il compte la fortune de ses représentants, il entretient les liens familiaux ou mafieux. Comment pourra-t-il, dans ces conditions, réaliser la nuisible présence et les actions de ICC-Services et consorts ?

L’absence de l’Etat, enfin, c’est la dilution de la responsabilité. Lorsque le chef de famille vient surprendre le gardien commis à la surveillance en sommeil, la sagesse commande à celui-ci, non de prétendre qu’il ne dormait point, mais qu’il a été surpris par la fatigue. L’affaire dite ICC-Services et consorts est la ruine de la responsabilité de l’Etat. Plus personne ne connaît les responsables de cette structure. Plus personne n’a signé ni document, ni autorisation. L’Etat n’est pas responsable parce que ces représentants ne veulent pas assumer leur part de complicité. L’Etat est absent, lorsque des structures associatives arrivent à collecter sans être inquiétées, plusieurs milliards de francs, en dépit des règles en vigueur en matière de droit des sociétés, ainsi que les règles communautaires inspirées de l’UEMOA et de la BCEAO suivant lesquelles les sociétés habilitées à procéder à la collecte de l’épargne sont les banques constituées sous la forme de société anonyme faisant appel public à l’épargne, avec un montant précis de capital social. Aujourd’hui, les plus hautes personnalités de l’Etat, ne reconnaissent que la responsabilité des citoyens qui ont confié leur fortune aux structures illégales que l’on a pourtant laissé opérer pendant quatre ans.

L’Etat est absent, surtout, lorsque, un maire, ancien chef des services des renseignements généraux, élève au rang de chargé de mission, l’un des responsables d’ICC-Services, et ne semble rien savoir des activités d’ICC-Services.

L’affaire ICC Services et consorts est révélatrice de cette absence de l’Etat, sur le lit duquel se construisent les groupes mafieux qui finissent par confisquer le pouvoir. L’Etat, considéré comme la représentation du corps social, doit assurer et assumer une présence, jamais prise au dépourvu, au service de la sécurité et de la satisfaction des besoins vitaux des membres de la communauté.

L’Etat est absent, et, avec lui, le droit.

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